Archives de Tag: Bob

La fantasy qui tue… ou comment écrire son premier roman sans devenir dépressif

Par défaut

« Ordinateur Intel Pentium 4 CPU 2.40Ghz
Né le 23 avril 2008
Décédé le 13 octobre 2010

Lâchement assassiné à coups de Petit Robert illustré par une écrivaine qui tentait d’écrire un roman de fantasy, l’ordinateur tendrement appelé « Bob » laisse dans le deuil des milliers de frères et de soeurs. L’inhumation aura lieue à la décharge publique le 14 octobre 2010. »

Bon, si elle existait, je suis certaine que c’est ce qu’on lirait dans la rubrique nécrologique des ordinateurs. Du moins, si j’étais vraiment une écrivaine enragée, prête à trucider mon ordinateur Bob à coups de dictionnaire. Réfléchissez, vous écrirais-je en ce moment même si Bob avait réellement été massacré ? Non, croyez-moi, tous les ordinateurs que j’ai adoptés dans ma vie sont morts de vieillesse dans leur sommeil.

Mais, penserez-vous, où veut-elle en venir avec sa notice nécrologique ? C’est que je voulais vous mettre en garde avant qu’il ne soit trop tard. Si vous essayez d’écrire un premier roman de fantasy, soyez RAI-SON-NABLE. N’imaginez pas une histoire en 20 tomes s’étalant sur 1 000 ans et relatant les aventures de 20 générations de lutins explorateurs de champignons magiques. Des pensées suicidaires et/ou meurtrières finiraient par vous traverser l’esprit. Non, pour votre premier roman, restez simple:

La création

Créez un seul monde dans lequel vit votre peuple. Ça demande moins de travail… (voir le billet « Prenez-vous pour Dieu! » )

Utilisez au maximum deux ou trois personnages principaux et peu de personnages secondaires. Moins vous aurez de personnages à développer et à rendre cohérents et crédibles, moins vous aurez le goût de vous jeter par la fenêtre.

Si possible, écrivez de la fantasy urbaine (qui se déroule à une époque similaire à la nôtre. Sous-genre: la bit lit). Bon, bon, j’entends déjà les geignards… Je sais, vous préférez écrire de l’heroic fantasy… Mais sachez que plus vous inventerez des histoires qui se déroulent dans un monde proche du nôtre, plus se sera facile à écrire. Et on écrit bien que ce que l’on connaît bien ! Mais, me répondez-vous, si je fabrique mon monde de A à Z, ce sera fastoche ! Ah oui ? Sachez que les meilleurs écrivains d’heroic fantasy (et pas juste eux d’ailleurs) possèdent tous une même qualité : ils disposent d’une vaste culture. Ils créent leurs mondes en s’inspirant de romans, de contes, de peuples et de mythologie du passé. J.R.R. Tolkien par exemple s’est beaucoup inspiré de la littérature, de la poésie et de la mythologie germanique. Ces auteurs font énormément de recherches pour conserver une cohérence et une vraisemblance à leur histoire. Et comme vous dirait ma professeure d’écriture, un grand écrivain ne doit jamais oublier une règle essentielle: il écrit pour un lecteur intelligent. Si j’écrivais dans mon roman « le guerrier pénétra dans la forteresse et déposa la clé à molette dans le pot de fleurs…, » vous crieriez au scandale… Tout le monde sait qu’on ne trouve pas de pots de fleurs dans les forteresses… Alors ? Vous croyez-vous suffisamment cultivé pour écrire de l’heroic fantasy ?

L’écriture

Pour éviter la dépression, déterminez des échéances d’écriture raisonnables (Écrire un roman en 2 semaines, ça ne se fait pas, à moins que vous possédiez un retourneur de temps. Et encore…).

Selon le temps que vous disposez et la grosseur du livre que vous voulez écrire, octroyez-vous de deux semaines à un mois (voire plus si vous êtes un écrivain à temps plus que partiel) pour penser à votre histoire et écrire le plan du roman (oui, un plan est nécessaire… Si vous ne le faites pas au début, écrivez-le au moins à la fin, pour vérifiez que tout est à la bonne place…). Ensuite, décidez du nombre de mots ou de pages que vous souhaitez écrire par semaine (Votre liste d’épicerie ne compte pas !).

Désignez une ou plusieurs journées/soirées hebdomadaires pour écrire et TENEZ-VOUS EN. Lorsque vous aurez acquis un bon rythme de croisière, fixez une date à laquelle vous pensez avoir terminé la première épreuve de votre roman et essayez d’atteindre votre objectif.

Une fois complété, rangez votre livre au fond d’un tiroir pendant au moins trois mois… Pfiou ! Vous pouvez respirer. Il y en a qui laisse leur manuscrit hiberner de 6 mois à 1 an avant de le relire. Croyez-moi, c’est un mal nécessaire. On obtient ainsi assez de recul pour détecter tous les défauts (ou presque) de ses écrits. Et pas de triche ! Quand votre roman s’éveillera après un long hiver de repos, vous pourrez commencer votre relecture. Pour la correction de votre manuscrit, déterminez un nouvel échéancier à la semaine.

Une fois votre chef d’oeuvre remanié, réécrit et emballé dans un beau papier-cadeau, n’oubliez pas de le faire enregistrer à la Sartec avant de le poster à des éditeurs.

La publication

Pour la publication de votre roman, ne soyez pas trop optimiste. Il est très rare qu’un éditeur publie le premier roman d’un auteur. (POW ! Oui, je sais, je viens de « péter votre bulle » ) Même J.K. Rowling a essuyé plusieurs refus avant de trouver un éditeur pour le premier tome des Harry Potter. (Il y en a qui ont dû vandaliser des pharmacies en « plaster » tellement ils se sont mordus les doigts au sang de l’avoir refusé…)

Attendez-vous à écrire deux, voire trois romans au minimum avant d’être publié (Re-POW ! Oui, je sais, c’est douloureux… Courage !). La raison en est simple. Les éditeurs veulent miser sur des auteurs prolifiques et non sur une personne qui écrit un roman sur un coup de tête pour ensuite abandonner l’écriture. Aussi, les auteurs débutants commettent souvent des erreurs… de débutant. Les éditeurs ne veulent pas perdre du temps et de l’argent pour y remédier. Cela ne signifie pas que vous ne devez pas vous appliquer à écrire votre premier roman ou encore, à ne pas essayer de le faire publier ! Car, une fois qu’une maison d’édition vous a pris sous son aile et que votre chef d’oeuvre se vend bien, il arrive qu’elle reconsidère la publication de vos autres romans, moyennant des corrections majeures. Cela étant dit, si vous avez une « tête de cochon », rien ne vous empêche d’envoyer votre manuscrit à tous les éditeurs connus et inimaginables, jusqu’à temps que vous en trouviez un qui accepte de vous publier à compte d’éditeur. (À compte d’auteur, ça ne sert à rien, à moins que vous soyez un expert en marketing…) Pour preuve que cela peut fonctionner, voici un site qui liste les 145 lettres de refus (je les ai comptées) avant que l’auteur ait trouvé son bonheur: refusdediteurs.webs.com/liste_des_editeurs.html. Autrement dit, la persévérance peut être payante !

Évitez la gourmandise

En conclusion, pour l’écriture de votre premier roman, ne soyez pas trop gourmand… À moins, bien entendu, que vous écrivez depuis l’âge de 6 ans, que vous possédez un diplôme en français et en lettre et que vous avez lu plus de 5 000 romans (Re-Re-POW ! Sans blague, il faut avoir lu É-NOR-MÉ-MENT et pas seulement de la littérature fantastique…) . Je sais, je sais, on ne naît pas tous « bollé » comme J.K. Rowling. Mais sachez de son propre aveu que même elle a un jour ressenti la « rage » de l’écrivain: « Il m’arrivait parfois de haïr ce livre même si je l’adorais*. » Est-ce qu’un pauvre  « Bob » a subi ses colères alors que ce malheureux ordinateur ne demandait rien d’autre que des mises à jour occasionnelles et la douce caresse d’un chiffon anti-poussière… ?

Nous ne le saurons probablement jamais.